Les six sources de l'interprétation
Tout exégète qualifié interprète un rêve en s'appuyant, dans cet ordre hiérarchique précis, sur six fondements établis par la tradition. Aucune interprétation valide ne peut s'écarter de cette hiérarchie sans tomber dans l'arbitraire ou la fantaisie.
- Le Coran. Premier et plus haut fondement. Quand un symbole apparaît dans la Parole d'Allah, son sens en rêve s'en inspire. Le vêtement, par exemple, désigne le conjoint : « Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles » (Al-Baqara 187).
- La Sunna. Le Prophète ﷺ a lui-même interprété des rêves et expliqué leur typologie. Sa pratique constitue la deuxième source. Le hadith d''Â'icha rapporte que les premiers signes de la révélation furent des visions véridiques.
- L'Ijmâ' (le consensus). Quand les savants de l'oumma s'accordent sur la signification d'un symbole, ce consensus fait autorité.
- Le Qiyâs (l'analogie). Procédé fondamental quand un symbole n'a pas de référence textuelle directe : on raisonne par similitude à partir de cas connus.
- La parole des Compagnons et du Salaf. Les interprétations rapportées d'Abou Bakr, 'Umar, Ibn 'Abbâs, Ja'far as-Sâdiq, et des grands suivants comme Mohammed Ibn Sîrîn (mort en 110 H.) forment un corpus de référence incontournable.
- La langue arabe classique. La terminologie du Coran, des hadiths, de la poésie arabe des premiers siècles, et des grandes encyclopédies linguistiques (au premier rang desquelles Lisân al-'Arab d'Ibn Manzûr) — cette langue est l'outil de précision sans lequel aucun symbole ne se laisse correctement lire.
L'imam Ibn Qoutayba a posé une règle célèbre, reprise par tous les exégètes qui l'ont suivi : « La vue de l'homme, c'est sa religion ; tout ce qui s'y produit, en mal ou en bien, se rapporte à ce qu'on lui attribue. » Toute la science procède de telles équivalences fondées et non d'associations libres.