Le Coran, première voie de l’interprétation
Al-Baghawī (raḥimahu Llāh) donne en premier l’exemple de la corde, qui vaut pour le pacte, d’après la parole : « Et cramponnez-vous tous ensemble au “Habl” (câble) d’Allah et ne soyez pas divisés » (Āl ʿImrān 3:103). Cette voie ouvre aussi la liste d’al-Miftāḥ, celle d’Amīr al-Madrī dans Fassir aḥlāmaka bi-nafsik et celle d’al-Wadʿān dans Kayfa tuʿabbar ar-ruʾyā. Ibn Qutayba al-Dīnawarī (raḥimahu Llāh), qui commence par la dérivation, la place en troisième.
Al-Miftāḥ la tient pour le plus grand et le plus noble des fondements, sans réserve. Il y attache trois conditions : connaître le Coran par cœur, comprendre ses sens, se rappeler le verset vite. Qui n’a pas les trois ne gagne rien à savoir que cette voie est la première. Il ajoute que les paraboles du Coran, ses images, ses allusions, ses comparaisons et ses récits sont tous des fondements de cette science pour qui sait les examiner.
Ses exemples sont ceux que les livres se transmettent :
- le blanc de l’œuf pour les femmes (aṣ-Ṣāffāt 37:49) ;
- le bois pour l’hypocrisie (al-Munāfiqūn 63:4) ;
- la pierre pour la dureté du cœur (al-Baqara 2:74) ;
- le navire pour le salut (al-ʿAnkabūt 29:15) ;
- la chair que l’on mange pour la médisance (al-Ḥujurāt 49:12) ;
- le vêtement pour l’épouse (al-Baqara 2:187).
Al-Wadʿān montre la voie au travail. Un homme non marié reçoit un vêtement en cadeau et le porte. Al-Wadʿān y lit un mariage : le cadeau vaut pour la joie, le vêtement porté pour le conjoint. Il conclut que la vision a été interprétée par son côté le plus fort, qui est le Coran.
Ibn al-Qayyim (raḥimahu Llāh) ferme la porte à un mauvais usage. Les exemples coraniques ne forment pas une liste à apprendre, où l’on garderait ce qui est mentionné en laissant le reste. Ce sont des principes que l’interprète habile transpose, parce que la bonne interprétation procède de la compréhension du Livre.
Une réserve accompagne ces deux auteurs. Pour al-Baghawī et Ibn al-Qayyim, l’arabe a été retrouvé en ligne, non sur une édition que nous ayons en main : les renvois restent à vérifier.
Quand le Coran apparaît lui-même dans le rêve
Le rêveur peut aussi se voir réciter le Coran ou l’entendre. Le sens vient alors du passage lu. Al-Shihāb al-ʿĀbir al-Maqdisī (raḥimahu Llāh), dans al-Badr al-Munīr fī ʿilm at-taʿbīr, demande de regarder ce passage. Des versets de miséricorde annoncent une bonne nouvelle ; des versets de menace appellent une mise en garde.
Si le rêveur ne reconnaît pas ce qu’il lisait, la vision reste bonne. Elle l’est davantage si la voix était belle et que les gens écoutaient avec plaisir : cela vaut alors pour le rang et la réputation. La même mesure s’applique, dit-il, à tout livre que le rêveur tient pour sacré.
Les nombres vus ou entendus en rêve s’interprètent eux aussi par un verset. Trois, trente, trois cents, quatre, quarante, quatre cents et leurs semblables annoncent des promesses tenues et des besoins satisfaits. Al-Shihāb al-ʿĀbir tire ce sens de deux versets : « … pendant trois jours (encore) ! Voilà une promesse qui ne sera pas démentie » (Hūd 11:65), et « … de sorte que le temps fixé par son Seigneur se termina au bout de quarante nuits » (al-Aʿrāf 7:142). Les deux versets ont en commun une échéance tenue. Le texte de base d'al-Badr al-Munīr porte une coquille sur le mot « quarante » ; c’est le commentaire de l’auteur, propre sur la même page, qui est suivi ici.
La Sunna, une voie de révélation
Le symbole peut aussi recevoir le sens qu’une parole du Prophète ﷺ lui donne. Les vases de verre valent pour les femmes, d’après ce qu’il ﷺ dit à Anjasha (raḍiya Llāhu ʿanhu) : « Anjasha, doucement, tu conduis des flacons de verre. » C’est l’exemple d’al-Baghawī, qui range cette voie en deuxième. Le texte qu’il imprime est celui de Muslim, n° 2323, d’après Anas ibn Mālik (raḍiya Llāhu ʿanhu) ; al-Bukhārī le donne au n° 6161 sans le mot « conduis ». Ibn Qutayba met cette voie en quatrième.
Al-Miftāḥ refuse de la placer plus bas que la voie du Coran, et sa raison est courte : les deux sont révélation. Les paraboles de la Sunna, ses images, ses allusions, ses comparaisons et ses récits sont des fondements de cette science au même titre. Il en tire ses exemples. Le corbeau, la buse, le scorpion, la souris et le chien mordeur désignent des gens dépravés, parce que le Prophète ﷺ les a qualifiés ainsi. La côte et le flacon désignent la femme. Le palmier désigne l’homme musulman de bien, et l’étendue blanche, la Sunna.
Un cas de consultation : les clés reçues d’un frère
Al-Wadʿān montre cette voie à l’ouvrage. Une femme qui a besoin d’argent raconte que son frère lui a remis un grand nombre de clés. Il rattache le symbole au hadith d’Abū Hurayra (raḍiya Llāhu ʿanhu), dont le texte de Muslim, n° 523, est celui-ci : « j’ai été envoyé avec les paroles qui résument tout, j’ai été secouru par la crainte qu’on m’accorde, et pendant mon sommeil on m’a apporté les clés des trésors de la terre, qui furent placées dans mes mains. »
Al-Bukhārī, n° 6998, écrit le premier membre autrement, « il m’a été donné les clés des paroles », et ajoute « cette nuit » avant les clés des trésors. Al-Wadʿān retient le texte de Muslim. Il conclut à un bien qui viendra du frère, à la mesure du nombre des clés.
Il cite ensuite un passage du Fatḥ al-Bārī d’Ibn Ḥajar (raḥimahu Llāh). Ibn Ḥajar y rapporte l’avis des gens de l’interprétation sur la clé : un bien, une force, une autorité. C’est donc leur avis qu’il transmet, non son propre jugement.
Un article attribué à Fahd al-ʿUṣaymī, sans que cette attribution soit assurée, ajoute un autre aspect. Le Prophète ﷺ a posé les fondements et les règles de cet art. Il informait ses Compagnons de ses convenances et de ses catégories, les interrogeait sur leurs visions et les leur interprétait. La Sunna donne donc des sens, et elle enseigne aussi le métier. L’article ne donne pas d’exemple à cet endroit.
Par où commencer : le Coran, la Sunna, puis la langue
L’article attribué à al-ʿUṣaymī rappelle aussi que la science du taʿbīr, c’est-à-dire l’interprétation des rêves, est des plus nobles. Elle n’est pas affaire de n’importe qui : il faut connaître le Coran et ses expressions. Devant un élément de la vision, l’interprète regarde d’abord dans le Coran. S’il trouve un lien entre ce qui a été vu et un verset, il établit ce lien. Les exemples de l’article sont ceux que le Coran a déjà fixés : le navire pour le salut (al-ʿAnkabūt 29:15), le bois pour les hypocrites (al-Munāfiqūn 63:4), le nourrisson pour l’ennemi (al-Qaṣaṣ 28:8), la cendre pour l’œuvre vaine (Ibrāhīm 14:18).
Al-Wadʿān range les mêmes voies dans le même ordre, pour la vision symbolique, qui est le cas le plus fréquent chez les gens. L’interprète en défait les symboles et regarde trois aspects : le Coran, la Sunna du Prophète ﷺ, puis la langue arabe et ses dérivations. Sous ce dernier aspect, al-Wadʿān range la poésie, les proverbes, le sens, le contraire, l’inversion, le renversement, l’altération graphique, l’analogie ou la ressemblance, et la dérivation à partir des noms.
Cet ordre dit où chercher en premier ; il ne classe pas les voies par valeur. Al-Wadʿān précise d’ailleurs que les trois aspects se combinent sur un même rêve. La règle sert surtout quand plusieurs sens se présentent : elle indique à l’interprète par où commencer.
Ce que disent les autres règles
Les règles 109 à 112 ouvrent le chapitre 6, consacré aux voies de l’interprétation. Leurs numéros sont ceux du livre, et aucun ancien n’a compté les voies de cette manière. La règle 113 ajoute les interprétations des Compagnons, qu’Amīr al-Madrī place juste après le Livre et la Sunna. Les règles 114 à 118 exposent ensuite les voies de la langue, des proverbes à l’inversion des lettres. La règle 194 ouvre le chapitre 11, consacré au choix entre deux sens possibles. Les règles 195 à 198 disent ensuite comment choisir quand deux sens s’opposent ou se valent, quand un symbole ouvre plusieurs domaines, et quand un symbole favorable annonce son revers.
En bref
Pour interpréter un rêve par le Coran, on cherche le verset qui donne son sens au symbole, comme la corde pour le pacte ou le navire pour le salut. Pour al-Miftāḥ, la Sunna fournit des sens au même titre, car elle est aussi révélation : les vases de verre valent pour les femmes. L’ordre de recherche reste le Coran, puis la Sunna, puis la langue arabe, et ces voies se combinent sur un même rêve. Pour Ibn al-Qayyim, les exemples coraniques sont des principes que l’interprète transpose.
- Règle 109. Interpréter par le Coran (chapitre 6)
- Règle 110. Le Coran récité ou entendu en rêve s'interprète par le contenu du passage (chapitre 6)
- Règle 111. Les nombres vus ou entendus en rêve s'interprètent par le verset qui les emploie (chapitre 6)
- Règle 112. Interpréter par la Sunna (chapitre 6)
- Règle 194. Chercher d'abord dans le Coran, puis dans la Sunna, puis dans la langue (chapitre 11)
Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.