- L'apparence d'un rêve ne dit pas son sens
- Tout ce qui est vu n'est pas un symbole
- Aucun symbole ne se tranche sans son indice
- Descendre du genre à l'espèce, puis à la propriété
- Un registre par défaut, pas une équivalence fixe
- Les animaux se classent avant d'être interprétés
- Ce que le symbole fait au rêveur l'emporte sur ce qu'il est
- L'acte se juge par ce qu'il fait aux gens
- Le symbole se lit par le service qu'il rend dans le rêve
- Le sens suit la direction du changement
- L'animal qui parle annonce la réconciliation
- Avaler une chose, c'est se l'approprier
- Ce qui enveloppe la chose mesure la peine du gain
- Ce qui sonne annonce un bien sous condition
- Ce qui pousse hors de sa souche vient d'ailleurs
- Ce qui est pris avant son terme annonce la dette
- La conformité à la Loi décide du sens de l'acte
- L'odeur, la lumière et la compagnie décident du sens d'une scène
- La propreté, la discrétion et le bon endroit renversent le sens
- La chute est blâmable, l'élévation louable dans la limite qui convient
- Ce que le feu consume ne revient pas
- Ce qui arrive à un lieu retombe sur ceux qui l'habitent
- Le genre du mot décide du sexe de la personne visée
- La matière décide de la durée
- Le symbole vu sans ce qui le tient annonce un manque
- Ce dont le dehors contredit le dedans vaut pour le mensonge
- L'entrave arrête l'activité propre de chacun
- La quantité qui dépasse le rang du rêveur devient un tourment
- Pour les organes pairs, la droite vaut pour les hommes, la gauche pour les femmes
- Le membre atteint désigne le domaine dont il est l'instrument
- Le détail dit par quel moyen le bien viendra
- La cause vaut pour son effet, la partie pour le tout
- Ce qui est parvenu à son terme décline
- Ce qui anéantit le rêveur renverse son état en son contraire
- Détruire un lieu de mal annonce la justice
- Un lieu qui fait aux gens ce qu'il ne leur fait jamais annonce un malheur collectif
- Une qualité mauvaise attachée à une fonction corrompt ce qu'elle annonce
Texte intégral du chapitre, tiré du livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), signé Décrypteur.
Ce chapitre rassemble ces principes. Il vient presque entièrement d’un livre du VIIe siècle de l’hégire, al-Badr al-Munīr fī ʿilm at-taʿbīr de l’imam al-Shihāb al-ʿĀbir al-Maqdisī (mort en 697 H), qui a l’habitude, après avoir donné un sens, d’écrire « l’auteur dit » (qāla l-muṣannif) et d’expliquer pourquoi. C’est cette explication qui devient une règle : elle se transpose là où l’exemple ne va pas. S’y ajoutent quelques principes du Miftāḥ fī ʿilm taʿbīr ar-ruʾyā de Saʿīd Buwāḥ, d’Ibn Qutayba et d’Ibn al-Qayyim.
Le lecteur y trouvera peu de listes de symboles et beaucoup de raisonnements. C’est voulu : un interprète qui tient ces trente-sept règles lit un rêve que les livres ne contiennent pas.
Ce que le rêve montre et ce qu’il veut dire
Règle 144L’apparence d’un rêve ne dit pas son sens
Un rêve agréable peut annoncer un malheur, un rêve pénible peut annoncer un bien. Al-Shihāb al-ʿĀbir et al-Miftāḥ distinguent les mêmes quatre cas, avec des exemples différents.
Bon dehors et bon dedans : parler à Allah, à un ange ou à un prophète sous une belle forme, se voir dans le Ḥaram, ce qui vaut pour la sécurité et pour un besoin satisfait.
Bon dehors et mauvais dedans : écouter de la musique, sentir des fleurs, rire. Al-Miftāḥ appuie le rire sur un verset : « Qu’ils rient un peu et qu’ils pleurent beaucoup en récompense de ce qu’ils se sont acquis » (at-Tawba 9:82).
Mauvais dehors et bon dedans : épouser en rêve une femme que la Loi interdit, ce qui vaut pour la piété, pour un lien de parenté renoué, pour le pèlerinage.
Mauvais dehors et mauvais dedans : la morsure du serpent, la brûlure, la noyade, la maison qui s’effondre.
L’interprète qui s’arrête à l’impression laissée par le rêve se trompe une fois sur deux.
Règle 145Tout ce qui est vu n’est pas un symbole
Al-Miftāḥ sépare, dans un même récit, ce qui porte le sens et ce qui n’en porte pas. Le symbole renvoie à une affaire de la vie du rêveur. À côté de lui viennent les éléments manifestes, qui ne demandent aucune interprétation : la vision leur est seulement rattachée. « L’homme est l’homme », écrit al-Miftāḥ, et rien de plus.
Un homme se voit visé par des tirs de plomb. L’homme qui tire n’a pas d’interprétation, le plomb en a une : le rêveur sera visé par des paroles. Un autre voit une colombe dans le giron de son épouse. L’épouse est là comme elle est dans la vie, la colombe porte le sens, une fille à naître.
Interpréter chaque détail d’un rêve produit une interprétation fausse par surcharge.
Règle 146Aucun symbole ne se tranche sans son indice
Un symbole a plusieurs sens. C’est l’indice qui décide lequel retenir. Al-Miftāḥ l’appelle la flèche avec laquelle on chasse l’oiseau de la vision, et il en fait la cinquième de ses douze étapes de méthode : on ne s’en passe dans aucun cas.
Il distingue deux sortes d’indices. Celui du rêve : un événement, une description, un autre symbole qui accompagne le symbole principal et qui oblige à choisir, parmi ses sens, celui qui s’accorde avec le reste. Celui de l’état du rêveur, qui fait l’objet du chapitre 7.
Un homme lui raconte : « j’ai vu un mâle sortir du sexe de ma femme ». Le symbole est le mâle, l’indice est la sortie, et l’interprétation fut la naissance d’un garçon. Elle se produisit.
Règle 147Descendre du genre à l’espèce, puis à la propriété
Ibn Qutayba lit un symbole en trois degrés. Le genre d’abord : un arbre, une bête, un oiseau valent largement pour un homme. L’espèce ensuite, qui indique l’origine : l’amandier pour un étranger, le dattier pour un Arabe. La propriété enfin, c’est-à-dire ce qui appartient à cette espèce et à aucune autre, qui qualifie l’homme visé : le dattier pour un homme généreux et doux, le noyer pour un homme dur ou ferme dans la dispute, à cause du bruit de ses fruits et de la dureté de sa coque, le corbeau pour un homme traître et menteur.
L’interprétation se précise à mesure qu’on descend ces trois marches.
Règle 148Un registre par défaut, pas une équivalence fixe
Un article de méthode contemporain, publié sur le site du Dr Fahd al-ʿUṣaymī, donne à l’interprète un point de départ : les fauves et les oiseaux valent pour des hommes, sauf de rares exceptions ; le blé, l’orge, le miel, la laine et le fer valent le plus souvent pour des biens. L’auteur écrit « le plus souvent » et réserve les exceptions. Un point de départ, donc, que les règles suivantes vont corriger.
Le symbole en acte
Règle 149Les animaux se classent avant d’être interprétés
Al-Shihāb al-ʿĀbir fait précéder tout le chapitre des animaux d’un classement en quatre.
Ceux dont les hommes tirent profit d’ordinaire, chevaux, mulets, ânes, moutons, sont un bien absolu, et l’on néglige le mal qu’ils peuvent causer. Ceux qui nuisent d’ordinaire, fauves, serpents, scorpions, sont un mal absolu, et l’on néglige le bien qu’ils peuvent apporter. Les animaux de chasse, faucons, éperviers, léopards dressés, tiennent des deux côtés. La mouche, la fourmi et le scarabée n’indiquent ni bien ni mal.
Règle 150Ce que le symbole fait au rêveur l’emporte sur ce qu’il est
Le classement qui précède cède devant l’acte, et c’est la règle la plus utile du chapitre.
Un animal qui indiquait le bien, s’il détruit, blesse un homme ou abat un mur dans le rêve, prend le statut de l’ennemi. Un animal qui indiquait le mal, s’il donne au rêveur du pain, du lait ou du miel, ou s’il le sauve d’un péril, lui vaut un profit venu d’où il ne l’attendait pas et la sécurité là où il craignait : il prend le statut de l’ami utile. Le soleil lui-même, s’il brûle ou blesse le rêveur, annonce un tourment venu de celui qu’il représente.
Le serpent qui apporte du lait n’est donc plus l’ennemi du dictionnaire.
Règle 151L’acte se juge par ce qu’il fait aux gens
Celui qui abat en rêve un arbre utile aux gens accomplit dans la réalité un acte dont ils souffriront. Celui qui abat un arbre qui leur nuisait lève une épreuve : un injuste destitué, une injustice réparée, une innovation qui cesse. Al-Shihāb al-ʿĀbir juge l’acte par son effet sur les autres, non par l’acte lui-même.
Règle 152Le symbole se lit par le service qu’il rend dans le rêve
Le moment favorable d’un symbole ne tient pas seulement à sa nature. Il tient à ce qu’il fait pour le rêveur à l’intérieur du rêve.
Celui qui fuit un fauve, un ennemi, une crue ou un incendie, qui monte dans un arbre et le trouve haut, solide et stable, atteint son but : son besoin est satisfait et son souci levé par la main de celui que l’arbre représente. Al-Shihāb al-ʿĀbir applique la même mesure au chemin parcouru. Gravir une montagne par une voie facile annonce le repos. Ne pas atteindre le sommet, ou y monter avec peine, annonce un besoin difficile à satisfaire et un but manqué.
Règle 153Le sens suit la direction du changement
Quand une chose se change en une autre à l’intérieur du rêve, c’est le sens du changement qui donne le sens de la vision.
Le mauvais devenu bon, l’amer ou l’acide devenu doux annoncent la sécurité après la peur, la subsistance venue d’où l’on ne l’attendait pas, la réparation de ce qui était gâté, le retour de ce qui était perdu, la fin des épreuves. Manger un interdit par nécessité, dans le rêve, suit la même pente : un gain licite, un soulagement après l’épreuve. Le bon devenu mauvais, le doux devenu acide s’interprètent à l’inverse.
La forme obéit à la même règle. Une bête dont on tirait un profit facile, devenue léopard, serpent ou lion, annonce que ce qu’elle indiquait coûtera désormais de la peine. Un citron devenu pomme vaut pour une femme prompte au reproche, près de s’amender.
Règle 154L’animal qui parle annonce la réconciliation
Al-Shihāb al-ʿĀbir l’énonce en une phrase : la parole d’un animal adressée à l’homme, ou sa transformation en figure humaine, indique la réconciliation avec les ennemis après la peur, des besoins satisfaits et des nouvelles extraordinaires. Il ne restreint la règle à aucune espèce et n’y met aucune condition.
Règle 155Avaler une chose, c’est se l’approprier
Ce que le rêveur avale, il se l’approprie. Un homme raconta avoir avalé le Prophète ﷺ ; l’auteur lui répondit qu’il avait dérobé un livre de hadith le concernant, et l’homme le confirma. Ce n’est pas un hadith : c’est une consultation qu’al-Shihāb al-ʿĀbir rapporte de sa propre séance.
Le revers est donné dans la même page : si la chose avalée a nui à celui qui l’a avalée, l’a alourdi, l’a rendu malade ou lui a valu du tourment, le fait de la rejeter efface tout cela.
La matière, la forme, la quantité
Règle 156Ce qui enveloppe la chose mesure la peine du gain
Al-Shihāb al-ʿĀbir pose la règle en une phrase : tout ce dont une enveloppe nous sépare comporte de la difficulté à la mesure de cette enveloppe.
Les fruits qu’aucun obstacle n’arrête, figue, raisin, prune, pomme, sycomore, sont une subsistance sans peine, ni au début ni à la fin. L’emplacement de l’obstacle change ensuite la lecture : un noyau ou une peau gênante donnent un début facile et une fin pénible, une coque dure l’inverse, une double enveloppe une double peine. Le poisson suit la même mesure : peu d’arêtes, une subsistance agréable ; beaucoup d’arêtes, un gain pénible ou douteux.
Règle 157Ce qui sonne annonce un bien sous condition
Règle brève, donnée sans développement : ce qui produit un son au moment où on le saisit ou le brise vaut pour un bien assorti de conditions, ou venu d’un homme avare. L’auteur n’en dit pas plus, et nous n’ajoutons rien.
Règle 158Ce qui pousse hors de sa souche vient d’ailleurs
Cueillir un fruit sur une plante qui n’est pas la sienne, des dattes sur une vigne, des noix sur un abricotier, une aubergine sur un navet, indique que ce que le fruit représente vient d’un autre genre que le sien : des troupes d’un autre peuple, un profit venu d’un pays où ce profit n’est pas coutumier, un mariage ou une naissance hors de la lignée.
Si les autres indices du rêve sont mauvais, fruit gâté, sale ou vermoulu, al-Shihāb al-ʿĀbir y lit une grossesse hors mariage. Une femme lui raconta un palmier qui portait à la fois des dattes fraîches et du raisin noir, et dit avoir mangé du raisin. Il conclut qu’un esclave noir de la maison l’avait rendue enceinte.
Règle 159Ce qui est pris avant son terme annonce la dette
Les aliments qui se mangent en tout état, lait, miel, dattes, pommes, restent subsistance et bienfait. Ceux qui ne se mangent qu’après le feu, viandes, pains, riz, blettes, changent de sens quand le rêveur les mange avant qu’ils soient à point : tourment et fatigue, dettes, marchandises vendues avant leur temps et vendues à perte.
Règle 160La conformité à la Loi décide du sens de l’acte
Un même acte change de sens selon qu’il respecte les prescriptions ou les contredit.
Égorger une bête dans les règles, pour la manger ou pour en faire profiter les gens, annonce un bien. Égorger hors du lieu de l’abattage, ou égorger une bête interdite et la donner à manger aux gens, annonce de l’argent illicite : si l’homme est juge, il jugera à faux ; s’il est commerçant ou vit d’un métier, son gain sera illicite.
Même logique pour le corps. Voir trop longs les ongles, la moustache, les poils du pubis ou des aisselles annonce soucis, tourments et dettes, parce que cela contrevient aux prescriptions. Les couper annonce la fin des soucis, un surcroît de bien, les dettes acquittées, et l’auteur donne le motif à voix haute : le suivi des prescriptions. La circoncision entre dans la même règle chez celui qui la tient pour un acte de rapprochement.
Règle 161L’odeur, la lumière et la compagnie décident du sens d’une scène
Un lieu dont l’odeur est mauvaise, dont le feu blesse, dont la fumée nuit, où gisent des charognes ou rampent des bêtes venimeuses, perd le bien qu’il vaut d’ordinaire. Il désigne alors les lieux d’injustice, les gens de corruption, les cercles des innovateurs, les commerces d’argent sale.
Les visions de mort suivent le même critère. Si le mourant est tourné vers une direction qu’il croit le rapprocher de son Seigneur, s’il est de belle apparence, de bonne odeur, entouré de gens de bien ou de lumière, l’issue est bonne : repos pour le voyageur, sortie de maladie ou de prison, rencontre des grands en tout bien. Dans le cas contraire, c’est le tourment. Al-Shihāb al-ʿĀbir applique la même mesure au second souffle de la Trompe : lumière, bonne odeur ou évocation d’Allah, l’issue est saine ; ténèbres, fumée, feu, visage noirci, elle ne l’est pas.
Règle 162La propreté, la discrétion et le bon endroit renversent le sens
Les furoncles, la variole et les boutons qui sortent sur le corps sans souiller les vêtements valent pour un profit, un bien, des soucis qui s’en vont, parce qu’ils chassent les douleurs hors du corps. Les mêmes sur le visage ou sur le cou, ou s’ils laissent couler quelque chose de fétide, ou s’ils tachent les habits, annoncent les dettes, les soucis et les propos qui salissent une réputation.
Al-Shihāb al-ʿĀbir juge de même le linceul, qui vaut mariage et richesse s’il est beau et de bonne odeur, et l’inverse s’il est mauvais, malodorant ou déchiré. Puis le sang tiré par saignée ou par ventouse, bon s’il profite au malade. Puis le vomissement, bon quand il est voulu et fait à l’endroit qui convient, mauvais quand il échappe ou survient en public.
Ibn al-Qayyim pose la même chose pour les vêtements : tout vêtement vu à un endroit qui n’est pas le sien est détesté, le turban sur les pieds, la chaussette sur la tête, le collier sur le tibia.
Règle 163La chute est blâmable, l’élévation louable dans la limite qui convient
Ibn al-Qayyim l’énonce hors de tout symbole particulier : ce qui tombe d’un lieu élevé est blâmable, ce qui s’élève vers un lieu élevé est louable, à condition de ne pas dépasser la hauteur qui lui convient. La réserve renvoie à la règle du rang, au chapitre 7.
Règle 164Ce que le feu consume ne revient pas
Le même auteur donne un critère de récupération. Ce que le feu consume est une perte dont on n’attend ni réparation ni retour. Ce qui est perdu ou volé sans que le rêveur voie le voleur ne revient pas non plus. Mais ce qui est volé par un voleur que le rêveur a vu peut être récupéré.
Les lieux, les objets, le corps
Règle 165Ce qui arrive à un lieu retombe sur ceux qui l’habitent
Al-Shihāb al-ʿĀbir le dit en propres termes des lieux de culte : ce qui y arrive, en bien ou en mal, revient à ceux qui s’y trouvent, à ceux qui y exercent une fonction, et au genre de cette religion. Il étend la règle aux églises et aux synagogues.
Chaque partie du bâtiment répond à une personne. Le miḥrāb, le minbar et la coupole valent pour l’imam, le prédicateur ou le chef du lieu ; le minaret pour le muezzin. Leur effondrement annonce la mort de celui qu’ils représentent.
La maison obéit à la même règle. Bien bâtie, elle annonce un bien à la mesure de celui qui l’habite. Démolie, elle annonce la mort du malade de la maison ou de son chef, la séparation d’un enfant, d’une épouse, d’un proche ou d’une bête, ou la subsistance ruinée. La porte, la serrure et ses clous valent pour ce qui protège : brisés, arrachés ou volés, ils annoncent le gouverneur du lieu destitué, la mort de ses portiers et de ses gardiens, ou la séparation de l’épouse et des proches qui couvraient le rêveur.
Règle 166Le genre du mot décide du sexe de la personne visée
Parmi les vêtements, le masculin vaut pour des hommes et le féminin pour des femmes. Al-Shihāb al-ʿĀbir pose la même règle pour les ustensiles et les outils. Le critère est le genre grammatical du mot qui nomme la chose, en arabe.
Règle 167La matière décide de la durée
Partout où un bijou ou une parure annonce un bien ou un mal, l’auteur en mesure la durée à la tenue de la matière. Le verre n’a pas de constance, ni le plomb, ni la cire, à la différence de l’or, de l’argent, du cuivre et du fer, dont l’usage dure chez la plupart des gens. Un anneau de plomb au doigt vaut ainsi pour une femme qui salit la réputation du rêveur et ne lui reste pas : le plomb salit et ne dure pas.
Règle 168Le symbole vu sans ce qui le tient annonce un manque
Le pantalon muni de son cordon vaut pour une possession saine et durable. Sans cordon, il vaut pour un manque dans cette possession, ou pour une femme illicite, parce que le cordon en est la garantie. Al-Shihāb al-ʿĀbir généralise : tout vêtement qui a besoin de boutons, vu sans eux, annonce un manque dans ce qu’il représente.
Règle 169Ce dont le dehors contredit le dedans vaut pour le mensonge
L’auteur interprète le peintre-doreur, le décorateur et l’orfèvre par des hommes menteurs, et il donne son motif : le dedans de leur ouvrage est autre que son dehors, et cela ressemble au mensonge. Ce n’est donc pas le métier qui est jugé, c’est l’écart entre le dehors et le dedans. La règle sert partout où le rêve montre un placage.
Règle 170L’entrave arrête l’activité propre de chacun
Le lien n’a pas de sens fixe : il arrête ce que la personne liée fait d’ordinaire. Lier les mains, lier les pieds, l’entrave, la chaîne annoncent la destitution de ceux qui gouvernent, le retard des voyageurs, la prison qui dure pour le prisonnier, la maladie qui dure pour le malade, le mariage pour le célibataire, l’adoration interrompue chez le dévot, le repentir du débauché, la main de l’oppresseur arrêtée.
Règle 171La quantité qui dépasse le rang du rêveur devient un tourment
L’or, les dirhams et la monnaie, en quantité conforme au rang de celui qui les possède, annoncent des nouvelles, le retour d’un absent, un enfant, une connaissance utile. Dès que leur nombre sort de ce qui est ordinaire pour un homme de ce rang, ils donnent le tourment, et l’auteur en énumère les raisons : le poids à porter, la difficulté de garder pareille somme pour qui n’y est pas fait, les droits qui s’y attachent, la convoitise des voleurs.
Règle 172Pour les organes pairs, la droite vaut pour les hommes, la gauche pour les femmes
Les deux sourcils, et sur le même modèle ce qui va par paire chez l’homme, oreilles, yeux, joues, lèvres, mains, valent pour les proches qui font la parure du rêveur : deux enfants, deux parents, deux sœurs, deux épouses, deux serviteurs, deux parents éloignés ; pour un roi, ses chambellans et ses troupes. Al-Shihāb al-ʿĀbir y attache une convention fixe : les côtés droits sont des mâles, les côtés gauches des femelles. Il la reprend au chapitre des dents.
Règle 173Le membre atteint désigne le domaine dont il est l’instrument
Quand le Feu ne brûle qu’un organe, le sens se rapporte à la fonction de cet organe : l’oreille pour ce que le rêveur a écouté, la bouche pour ses paroles ou pour ce qu’il a mangé, le ventre de même, les yeux pour ses regards, la main pour ce qu’elle a pris, donné ou frappé, la poitrine et le cœur pour sa croyance, le sexe pour ses rapports, le pied pour sa démarche. Le sens ne devient mauvais en bloc que si le corps entier brûle.
L’auteur tient la même ligne au chapitre de celui qui entre dans l’un de ses propres membres : l’oreille pour une nouvelle venue d’un proche, l’œil pour un malheur qui touche les proches ou le rêveur, la bouche pour un capital consommé ou pour une bonne parole.
Règle 174Le détail dit par quel moyen le bien viendra
Entrer au Paradis annonce un bien général. Le détail vu avec lui en donne le moyen. S’il y étudie un livre, il y est entré par la science. S’il prie, glorifie Allah ou appelle à la prière, il y est entré par l’adoration. S’il porte un équipement de guerre, il l’a obtenu par le combat.
Trois règles de raisonnement
Règle 175La cause vaut pour son effet, la partie pour le tout
Al-Miftāḥ tire ces deux procédés de la vision du roi d’Égypte, les sept épis verts et les sept secs. L’épi verdit quand la pluie tombe et sèche quand elle manque : il vaut donc pour la pluie, la cause étant indiquée par son effet. Et il vaut pour la récolte entière, dont il n’est qu’une part : la partie indiquant le tout.
Règle 176Ce qui est parvenu à son terme décline
Celui dont l’affaire s’est trouvée complète dans le rêve, et qui s’y est vu maître de ce monde, est au bord de la disparition ou du changement d’état, parce que tout ce qui est achevé va vers son déclin. Al-Miftāḥ l’appuie sur un vers, tel qu’il est imprimé chez lui : quand une chose est complète, son déclin approche ; attends la disparition dès qu’on te dit qu’elle est complète.
Règle 177Ce qui anéantit le rêveur renverse son état en son contraire
Al-Shihāb al-ʿĀbir rapporte des Grecs que celui que la foudre consume voit son état basculer : le pauvre s’enrichit, le riche s’appauvrit, celui qui craignait est rassuré, celui qui se croyait en sécurité prend peur, l’esclave est affranchi, l’homme libre est capturé, le malade guérit, le bien portant tombe malade.
Il reprend cet avis et en donne le motif dans son commentaire, ce qui rend la règle transposable. Celui qui voit cela est anéanti, à la différence du mort, dont le corps demeure et sur lequel proches et ennemis gardent prise jusqu’au lavage, au linceul et à l’enterrement. Quand le rêveur est anéanti dans le rêve, par la foudre ou par le feu, ce qui était en lui s’en va, et son état cède à son contraire.
Quand le lieu se retourne
Règle 178Détruire un lieu de mal annonce la justice
La démolition d’un bâtiment ordinaire est de mauvais augure. Celle d’une prison, d’une maison de débauche ou d’un lieu de mécréance annonce la justice, le bien et la sécurité dans ce lieu, et les rebâtir annonce l’inverse. L’auteur ajoute une nuance dans son commentaire : détruire les prisons peut aussi annoncer la sortie des corrupteurs, puisque disparaît ce qui les retenait.
Règle 179Un lieu qui fait aux gens ce qu’il ne leur fait jamais annonce un malheur collectif
Voir le moulin de la ville moudre des hommes, le four brûler les gens, l’abattoir les égorger annonce guerres, ennemis, troubles ou épidémies. Al-Shihāb al-ʿĀbir demande de lire le domaine du malheur dans la fonction propre du lieu : le moulin et le four disent la famine et le pain qui devient cher, l’abattoir dit le sang et la guerre. Il résume la démarche en une consigne : regarde d’où vient le dommage, et rapporte-le à ce qui lui convient.
Règle 180Une qualité mauvaise attachée à une fonction corrompt ce qu’elle annonce
Devenir juge avec une odeur repoussante, médecin qui distribue des poisons, oculiste qui crève les yeux, rebouteux qui brise les os : le détail mauvais dit que la fonction est exercée de travers. L’auteur en tire les trois issues, selon le domaine retenu : une charge exercée injustement, un gain illicite, ou un avantage qui tourne au tourment.
Ces trois dernières règles disent la même chose que la règle 165, prise à l’envers. Un lieu parle de ses habitants ; ce qu’on lui fait parle de ce qui les attend.
Numérotation propre à cette rubrique. Les livres cités ne numérotent pas leurs règles. Sources détaillées : les onze livres utilisés. Lexique des termes : glossaire.