La réponse d’ash-Shuwayer
On interrogea ash-Shuwayer sur la répétition d’une vision. Il part de deux hadiths sur Laylat al-Qadr, la Nuit du Destin.
Le premier est celui où les visions des Compagnons se rencontrent. Il est rapporté d’après Ibn ʿUmar (raḍiya Llāhu ʿanhumā) par al-Bukhārī, n° 2015 : « je vois que vos visions se sont accordées sur les sept dernières nuits ; que celui qui la recherche la recherche dans les sept dernières. » Muslim le donne au n° 1165 dans les mêmes termes.
Le second est celui d’Abū Saʿīd al-Khudrī (raḍiya Llāhu ʿanhu), chez al-Bukhārī, n° 2016 : « Laylat al-Qadr m’a été montrée, puis je l’ai oubliée, ou l’on me l’a fait oublier ; cherchez-la donc dans les dix dernières nuits, dans les impaires. »
De ces deux textes, ash-Shuwayer tire une remarque précise. Le Prophète ﷺ n’a pas entériné la concordance des rêves en elle-même. Si nous cherchons cette nuit, c’est parce qu’il nous en a informés, et cela vient de la révélation. Les rêves des Compagnons se sont accordés, mais la recherche de la nuit repose sur la parole du Prophète ﷺ.
Un indice, et seulement peut-être
Ash-Shuwayer en conclut que la concordance est cette fréquence même. Il ajoute qu’elle est peut-être un indice de la véracité d’une vision.
Le mot « peut-être » compte. Ash-Shuwayer ne dit pas qu’un rêve répété est vrai. Il dit que la répétition peut le laisser présumer. Le livre garde cette prudence dans le titre même de la règle : la répétition d’une vision peut dire qu’elle est véridique.
Ce que vous faites d’un rêve répété
Ash-Shuwayer refuse d’en tirer une obligation. La répétition ne vous oblige pas à consulter un interprète.
Si la vision est bonne, vous la racontez à qui vous aimez. Vous n’êtes pas tenu de la faire interpréter.
Si elle est mauvaise, vous n’en parlez à personne et vous vous taisez. Cela vaut même si elle s’est répétée plusieurs fois, car Satan peut lui aussi répéter une vision à un homme.
Cette seconde moitié de la règle relève aussi de la conduite du rêveur, traitée au chapitre 3 du livre. Ici, elle prend son sens plein. La répétition qui fait présumer la véracité ne fait pas présumer l’origine. Un mauvais rêve qui revient peut venir de Satan, et sa fréquence ne change rien à la conduite à tenir.
Le texte du hadith chez ash-Shuwayer
Le livre signale un point sur la citation. Ash-Shuwayer donne le premier hadith sous une forme composite. Il en garde le début, « je vois que vos visions se sont accordées ». Mais il lui donne pour suite la recherche dans les dix nuits qui restent, dans les impaires.
Cette suite est le texte d’une autre voie du hadith d’Ibn ʿUmar (raḍiya Llāhu ʿanhumā) chez Muslim, n° 1165 : « je vois que vos visions sont dans les dix dernières ; cherchez-la donc dans les impaires ». Ce n’est pas le texte d’al-Bukhārī. L’écart touche le sens : les sept dernières nuits dans les deux Ṣaḥīḥ, c’est-à-dire les recueils d’al-Bukhārī et de Muslim, et les dix dans cette autre voie. Le livre imprime le texte du Ṣaḥīḥ.
Al-Bukhārī consacre d’ailleurs, dans son livre de l’interprétation, un chapitre entier à la concordance sur une vision. Il y place le hadith d’Ibn ʿUmar au n° 6991. Des gens virent Laylat al-Qadr dans les sept dernières nuits, d’autres la virent dans les dix dernières, et le Prophète ﷺ dit de la chercher dans les sept dernières. Le livre l’imprime à la règle 33.
Quand plusieurs visions annoncent un seul événement
La règle 187 regarde la répétition sous un autre angle : plusieurs symboles qui partagent un même trait. Al-Shihāb al-ʿĀbir al-Maqdisī (raḥimahu Llāh) en donne d’abord le cas.
Un homme voit le soleil s’éclipser. Un autre voit la mer s’assécher. Un autre voit la ville, son mur ou son lieu de prière en ruine. Un autre voit une grande montagne s’effondrer. Le tout peut indiquer une seule chose : la mort d’un grand, roi, savant ou gouverneur. Et c’est la répétition, ajoute-t-il, qui en est l’indice.
Son commentaire, sur la même page, énonce la règle et sa limite. Quand des choses partagent une même qualité et se répètent dans le rêve, le jugement est le plus souvent un seul, dans les choses de mauvais augure.
Il en donne la raison. Le soleil, la mer, les chevaux, le grand feu, la grande pierre et le bâtiment fait pour le service des gens désignent chacun l’homme de rang, utile aux gens et qui les gouverne. Qu’un fléau les atteigne dans le rêve, et le plus souvent c’est un seul homme qui périt. La perte d’un groupe est contraire à l’ordinaire.
Si l’on voit en ces symboles ce qui indique le bien, c’est un repos qui vient à tous. La règle travaille donc dans les deux sens, et elle réduit le nombre plutôt qu’elle ne l’augmente.
Les deux règles se rejoignent sur un point. Chez ash-Shuwayer comme chez al-Shihāb al-ʿĀbir, la répétition sert d’indice. Et chacun garde sa réserve : « peut-être » pour l’un, « le plus souvent » pour l’autre.
Ce que disent les autres règles
Les règles 187 et 193 appartiennent au chapitre 10, « Lire le rêve comme un tout », qui en compte treize, de la règle 181 à la règle 193. Le chapitre s’ouvre sur le classement d’al-Mazrūʿī, qui partage les interprètes en cinq et ne tient pour juste que celui qui rassemble tous les symboles et connaît l’état du rêveur. La règle 181 pose que le rêve est un tout et que le fragmenter le fausse. La règle 182 rappelle que ce qui est perçu en rêve ne se réduit pas à ce qui est vu. Les règles 183 et 184 disent par quel symbole entrer et quel remplissage écarter. La règle 185 apprend à relier les symboles pour un seul sens, et la règle 186 montre qu’une même vision peut relever de plusieurs voies à la fois. Les règles 188 à 190 traitent de la part qui résiste. Les règles 191 et 192 disent à qui le rêve s’adresse quand il ne s’adresse pas au rêveur. Le hadith n° 6991 sur la concordance est imprimé à la règle 33. La conduite du rêveur face à un mauvais rêve relève du chapitre 3, et le choix entre deux sens d’un même symbole, du chapitre 11.
En bref
Pour ash-Shuwayer, un rêve qui se répète est peut-être un indice de sa véracité ; il s’appuie sur les hadiths de Laylat al-Qadr. Le Prophète ﷺ n’a pourtant pas entériné la concordance des rêves en elle-même, et la recherche de cette nuit vient de la révélation. Un bon rêve répété se raconte à qui vous aimez, sans obligation de le faire interpréter ; un mauvais rêve répété se tait, car Satan peut aussi répéter une vision. Selon al-Shihāb al-ʿĀbir, des symboles de même qualité qui se répètent annoncent le plus souvent un seul événement, dans les choses de mauvais augure.
Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.