Le point de départ : une affliction venue du diable
Le tri des rêves repose sur un hadith d’Abū Hurayra (raḍiya Llāhu ʿanhu), dans le Ṣaḥīḥ de Muslim, n° 2263 : « les rêves sont trois, la vision bonne, annonce venue d’Allah, une affliction venue du diable, et ce dont l’homme s’entretient avec lui-même ». La vision véridique se nomme ruʾyā. Le mauvais rêve, celui que le diable envoie, se nomme ḥulm.
Al-Bukhārī rapporte, d’après Abū Qatāda (raḍiya Llāhu ʿanhu), « la vision bonne vient d’Allah, et le ḥulm vient du diable » (n° 6986 et 6995). Al-Madrī précise l’intention de ce rêve : le diable le jette dans l’imagination pour attrister l’homme, brouiller sa religion et l’écarter du bien.
Le hadith nomme la catégorie. Il ne dit pas comment la reconnaître. Les signes des règles 23 et 24 viennent d’auteurs contemporains, al-Miftāḥ et al-Ṭayyār. Le livre le signale : ces listes sont de leur main, et il ne leur a trouvé aucun appui chez les anciens.
Les signes dans le rêve (règle 23)
Al-Miftāḥ regarde d’abord la scène elle-même. Il retient :
- l’appel à la discorde et à la brouille entre musulmans ;
- l’appel aux innovations et aux superstitions ;
- le fait de rendre licite un interdit ou d’interdire un licite ;
- les terreurs, les peurs et l’égarement ;
- l’affliction du croyant ;
- des agressions sexuelles répétées de façon absurde ;
- des bêtes, des insectes et des reptiles qui reviennent.
Le critère est le contenu de la scène, non sa forme. Sa liste porte encore un terme dont le sens n’est pas assuré. Le livre ne l’a pas fait entrer dans la règle, et cette page non plus.
Les signes au réveil (règle 24)
Le second signe se lit dans le rêveur, non dans le rêve. Après le réveil, al-Miftāḥ énumère l’effroi, l’oppression, la peur, la tristesse, l’obsession et la maladie. Le trouble qui demeure vaut donc par lui-même.
Al-Ṭayyār va dans le même sens. Il décrit le rêve satanique en miroir des quatre signes qu’il donne à la vision saine : s’il comporte tristesse, illusions et peur, on ne s’y arrête pas. On ne se tourne pas vers un tel rêve, et on ne le raconte à personne.
Une nuance vient d’al-Miftāḥ lui-même. La vision qui vient d’Allah apaise l’âme quand elle annonce un bien. Quand elle avertit, elle peut effrayer, car elle met en garde contre une punition dans ce monde ou dans l’autre. Le livre range cette nuance parmi les signes de la vision véridique (règles 20 et 21).
Ce que le diable ne peut pas imiter (règle 26)
Ibn Qutayba donne une liste fermée de ce que le démon ne peut jamais prendre pour forme en rêve : Allah, Son Livre, les anges, le Trône, les prophètes et les messagers. Puis le soleil, la lune, le ciel, la terre, les nuages chargés d’eau, la pluie, et ce qui leur ressemble par la grandeur et par ce dont dépendent la survie des hommes et l’ordre de leur vie. Allah, écrit-il, le lui interdit.
Le tri devient alors immédiat. Si vous avez vu l’un de ces éléments, votre rêve n’est pas une suggestion du diable. Ibn Qutayba appuie la règle sur un verset, « Le faux ne l’atteint [d’aucune part], ni par devant ni par derrière » (Fuṣṣilat 41:42), dont la source du livre ne conserve que le premier membre. Il l’appuie aussi sur le hadith selon lequel le diable ne prend pas l’image du Prophète ﷺ, que le livre cite d’après Anas ibn Mālik (raḍiya Llāhu ʿanhu) chez al-Bukhārī (n° 6994).
Une réserve s’impose. Le texte arabe d’Ibn Qutayba manque au livre, qui le connaît par la traduction française de la thèse d’Umberto Cicchetti. Ses mots ne sont donc pas cités ici.
Le rêve qui pousse à contredire la religion (règle 108)
Al-Mazrūʿī décrit un jeu du diable avec le musulman pendant son sommeil. Le diable lui montre ce qui provoque la séparation entre lui et les croyants, et il brouille sur eux son jugement. Al-Mazrūʿī en donne cinq formes : voir ce qui contredit des règles légales établies ; voir quelqu’un qui déclare mécréants certains musulmans ; voir des anges qui lui ordonnent des péchés ; se voir le meilleur des gens et le plus vertueux ; se voir le Mahdi de son époque.
Celui qui voit cela doit savoir avec certitude que cela vient du diable. Le but du diable est de séparer les croyants et de corrompre la religion. Cette règle rejoint la liste d’al-Miftāḥ par un autre chemin. Elle montre qu’un rêve peut se retourner contre la religion de celui qui le voit, y compris quand il le flatte.
Que faire d’un tel rêve
Le rêve du diable ne s’interprète pas. Al-Miftāḥ le dit nul : pure frayeur, jeu et intimidation, envoyés pour attrister le fils d’Adam. Il rapporte le hadith de Jābir (raḍiya Llāhu ʿanhu). Un bédouin vint dire au Prophète ﷺ : « j’ai rêvé que ma tête était coupée et je la poursuivais ». Le Prophète ﷺ le reprit et dit : « ne raconte pas le jeu du diable avec toi dans ton sommeil » (Muslim, n° 2268).
Pour les rêves de la règle 108, la conduite est celle que la Sunna du Prophète ﷺ prescrit pour la vision détestée : n’en parler à personne, et l’oublier comme si elle n’avait pas eu lieu. Le hadith d’Abū Hurayra cité plus haut se termine ainsi : « et que celui d’entre vous qui voit ce qu’il déteste se lève, prie, et n’en parle pas aux gens ».
Ce que disent les autres règles
Ces signes appartiennent au chapitre 2, qui apprend à trier le rêve avant de l’interpréter. La règle 7 pose les trois catégories et n’en garde qu’une pour l’interprétation. Les règles 8 et 9 écartent le rêve du diable et le discours de l’âme. Les règles 16 à 21 donnent les signes de la vision véridique, la règle 25 ceux du discours de l’âme. La règle 22 ferme le tri : toute vision dépourvue des signes du diable et de ceux de l’âme relève d’Allah. Les règles 27 et 28 traitent de la vision du Prophète ﷺ et de sa vérification. La conduite du rêveur devant une vision détestée occupe le chapitre 3, aux règles 49 à 58.
En bref
Le rêve du diable se reconnaît à son contenu : discorde, innovation, licite et interdit inversés, terreur, affliction. Il se reconnaît aussi à ce qu’il laisse au réveil : effroi, oppression, tristesse, obsession. Ce que le diable ne peut pas imiter, comme les anges, les prophètes ou la pluie, écarte au contraire son intervention. Un rêve qui vous sépare des croyants ou vous fait vous croire au-dessus d’eux vient de lui. On ne l’interprète pas, on n’en parle pas, on l’oublie.
- Règle 23. Les signes du rêve du diable (chapitre 2)
- Règle 24. Les signes du rêve du diable (chapitre 2)
- Règle 26. Une liste fermée (chapitre 2)
- Règle 108. Un rêve qui pousse à contredire la religion vient du diable (chapitre 5)
- Plusieurs personnes font le même rêve : ce qu’en dit l’islam
- Comment savoir si un rêve est véridique en islam : les signes
- Le rêve d’un non-musulman a-t-il une valeur en islam ?
- Rêver de ce à quoi on pense le jour s’interprète-t-il en islam ?
- Les trois types de rêves en islam : vision, âme et diable
- Voir le Prophète ﷺ en rêve en islam : que vaut cette vision ?
Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.