Dormir en état d’ablution
Al-Ṭayyār ferme sa risāla, c’est-à-dire son épître, par six règles adressées au rêveur. Le livre en place trois dans cette partie du chapitre 3. Les trois autres figurent plus haut, aux règles 38, 41 et 45. L’ordre suivi n’est pas celui d’al-Ṭayyār, et ses numéros sont donnés tels qu’ils sont imprimés.
Sa deuxième règle dit qu’il est recommandé de dormir en état d’ablution pour que la vision soit bonne. C’est la règle 65 de ce livre.
Une réserve accompagne cette recommandation. Al-Ṭayyār ne cite aucune preuve à cet endroit, et le livre ne lui en ajoute pas. Vous lisez donc une recommandation d’auteur, présentée comme telle.
La véracité, condition posée au rêveur
La première des six règles d’al-Ṭayyār vise le rêveur lui-même. Celui qui veut que sa vision se révèle vraie doit avoir la véracité pour caractère. Il se garde du mensonge, de la médisance et de la calomnie. C’est la règle 66.
Al-Ṭayyār relie ainsi la justesse de la vision à la justesse de la parole. Le livre rattache ce lien à un hadith étudié au chapitre 2. Al-Ṭayyār ne cite pas ce hadith à cet endroit.
La même liste d’al-Ṭayyār se termine sur le mensonge à propos d’un rêve, traité à la règle 45. La préparation du soir rejoint ainsi la conduite du jour : la parole du rêveur à l’état de veille compte pour la vérité de ses visions.
La chasteté et le souvenir de la vision
La troisième règle d’al-Ṭayyār porte sur la chasteté. Celui qui n’y veille pas voit bien la vision, mais il n’en retient rien. Al-Ṭayyār en donne deux causes : la faiblesse de son intention et le nombre de ses fautes et de ses péchés. C’est la règle 67.
Lisez la phrase avec soin. Le texte dit que cet homme voit, puis ne se souvient pas. Il ne dit pas que la vision lui est retirée. Le manque de chasteté touche donc le souvenir de la vision.
Les invocations du coucher selon al-Madrī
Al-Madrī, auteur de Fassir aḥlāmaka bi-nafsika, donne la conduite préventive. Elle forme la règle 68. Il demande de prendre l’habitude, en se couchant, de :
- lire Āyat al-Kursī (al-Baqara 2:255) ;
- lire les deux derniers versets de la sourate al-Baqara (2:285-286) ;
- ne pas oublier l’invocation du sommeil ;
- joindre les paumes et y souffler en récitant al-Ikhlāṣ, al-Falaq et an-Nās, trois fois ;
- vider son esprit des soucis de ce monde.
Al-Madrī ne rattache aucune de ces pratiques à son hadith à cet endroit. Les références sont à chercher dans les livres de la Sunna. Le livre ne les a pas jointes à son texte.
Muḥammad al-Wadʿān, auteur de Kayfa tuʿabbar ar-ruʾyā ?, dit la même chose. Pour lui, les invocations d’avant le sommeil et les rappels du matin et du soir sont une cuirasse contre les assauts du diable. Celui qu’un cauchemar oppresse se tourne vers Allah et Le supplie.
Āyat al-Kursī : au coucher, au réveil ou dans la prière
La règle 56 appartient à la partie du chapitre consacrée à la mauvaise vision. Elle rejoint pourtant la préparation du soir, car un auteur place la lecture au coucher. Les auteurs s’accordent sur le geste. Ils divergent sur le moment.
Al-Ṭayyār en fait la septième de ses huit conduites devant le mauvais rêve. Il appuie la lecture sur le hadith d’Abū Hurayra (raḍiya Llāhu ʿanhu) : le démon lui apprit le verset après lequel aucun démon ne l’approcherait, Āyat al-Kursī (al-Baqara 2:255).
Al-Ṭayyār rapporte ensuite une remarque d’Ibn Ḥajar (raḥimahu Llāh). Des commentaires mentionnent cette lecture sans lui donner d’appui direct. Si on la tire du sens général du hadith d’Abū Hurayra, elle se soutient. Il conviendrait alors de la lire dans la prière que le rêveur accomplit après le mauvais rêve.
Al-Ṭayyār ne suit pas Ibn Ḥajar sur ce point. Il juge plus juste de lire le verset au moment de prendre sa couche, comme le porte le texte. La lecture dans la prière n’est pas interdite à ses yeux. Elle est seulement moins bien.
Ibn Qutayba (raḥimahu Llāh) prescrit une troisième option : lire le verset au réveil, avant le crachotement et avant la formule de refuge. Le livre ne possède son texte qu’en traduction française.
Trois moments, donc, et trois noms : Ibn Qutayba au réveil, al-Ṭayyār au coucher, Ibn Ḥajar dans la prière qui suit le rêve. Le livre ne tranche pas. Al-Madrī, de son côté, place Āyat al-Kursī parmi les lectures du coucher (règle 68).
Ce que disent les autres règles
Les règles 65 à 68 forment la dernière partie du chapitre 3, « La conduite du rêveur », sous le titre « Avant de dormir ». Elles viennent après ce que le rêveur fait d’une bonne vision (règles 34 à 36), à qui il la raconte (règles 37 à 41) et comment il la raconte (règles 42 à 48). Les règles 49 à 60 décrivent les gestes devant une mauvaise vision, dont la lecture d’Āyat al-Kursī (règle 56). La règle 55 demande d’être certain qu’un mauvais rêve ne nuira pas. Les règles 61 à 64 fixent la mesure à garder, avec la parole qu’al-Madrī rapporte sans chaîne d’Ibn Sīrīn (raḥimahu Llāh) : craindre Allah à l’état de veille (règle 63). Les trois autres règles finales d’al-Ṭayyār sont les règles 38, 41 et 45.
En bref
Al-Ṭayyār recommande de dormir en état d’ablution pour que la vision soit bonne, sans citer de preuve à cet endroit. Il pose au rêveur deux conditions de conduite : la véracité, et la chasteté, sans laquelle le rêveur voit mais ne retient rien. Al-Madrī ajoute les invocations du coucher, qui protègent des visions détestées. Pour Āyat al-Kursī, les auteurs divergent sur le moment : au coucher pour al-Ṭayyār, au réveil pour Ibn Qutayba, dans la prière pour Ibn Ḥajar.
- Règle 65. Dormir en état de pureté rituelle (chapitre 3)
- Règle 66. Faire de la véracité son caractère (chapitre 3)
- Règle 67. S'astreindre à la chasteté (chapitre 3)
- Règle 68. Les invocations du coucher protègent des visions détestées (chapitre 3)
- Règle 56. Lire Āyat al-Kursī, de préférence au moment de se coucher (chapitre 3)
Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.