Le conseil d’al-Mazrūʿī
Al-Mazrūʿī a publié sur le site Baynoona une série de recommandations aux interprètes. L’argent y vient en troisième conseil, et il le règle en une ligne : que l’interprète se garde d’avoir pour but d’obtenir de l’argent et de l’amasser.
Le conseil porte sur le but que se donne l’interprète. Il ne s’accompagne d’aucun développement.
L’argument d’ash-Shuwayer
Ash-Shuwayer répond à des questions dans une conférence transcrite sous le titre ar-Ruʾā wa-l-aḥlām. Il part d’une règle posée par les juristes. On ne prend pas d’argent pour un savoir religieux fondamental, comme l’enseignement du Coran. Les mêmes juristes ont admis qu’un rizq, une subsistance donnée librement, est permis, et ils en ont détaillé les conditions.
Il applique ensuite cette règle aux rêves. Le but de l’interprétation est de profiter aux gens sans leur nuire. Le mieux, pour le musulman, est donc de ne pas prendre d’argent pour cela, et de ne pas exploiter le besoin et la faiblesse des gens.
Un motif de droit : le gharar
Ash-Shuwayer ajoute une raison tirée du droit. Prendre de l’argent dans ces conditions comporte du gharar, c’est-à-dire de l’incertitude. La cause tient aux gens eux-mêmes : ils ignorent la matière.
Licite ou non : une question laissée au fiqh
Ash-Shuwayer ne tranche pas le jugement légal. Même si l’on disait que c’est permis, cette discussion appartient selon lui aux livres de fiqh. Ce qu’il retient est un constat : prendre de l’argent à des gens qui ont besoin, et dont la science en la matière est faible, leur fait tort et les trompe.
Sa conclusion est un avis personnel, et il le donne comme tel : « je ne pense pas que le scrupule et la piété autorisent un musulman à prendre de l’argent pour l’interprétation des rêves ».
Le livre précise la portée de la règle : aucun autre ouvrage de son corpus ne traite la question de l’argent. La règle repose sur ces deux auteurs et sur la règle des juristes qu’ash-Shuwayer applique aux rêves.
Ce que disent les autres règles
La règle 105 appartient au chapitre 5, consacré aux fautes et aux dangers de l’interprétation. Elle suit la règle 104, sur les réussites répétées qui peuvent devenir un piège pour l’interprète. Elle précède la règle 106, selon laquelle l’interprète répond du dommage causé par son erreur. Le chapitre conclut que trois de ses règles disent la même chose sous trois angles : un homme sans science parle d’un rêve, un autre y met de l’argent, un troisième s’en autorise pour accuser son voisin. Dans les trois cas, ce n’est pas le rêve qui a nui. Sur l’audace d’interpréter sans science, voyez la règle 95 ; sur l’interdiction de désigner, d’après un rêve, l’auteur d’un sort ou du mauvais œil, la règle 99.
En bref
Les deux auteurs qui abordent la question déconseillent de prendre de l’argent pour interpréter un rêve. Al-Mazrūʿī demande à l’interprète de ne pas viser le gain. Ash-Shuwayer s’appuie sur la règle des juristes et sur le gharar, l’incertitude née de l’ignorance des gens. Il laisse la question du licite aux livres de fiqh et donne son avis personnel : le scrupule et la piété ne l’autorisent pas.
Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.